FRANCO SALAS BORQUEZ  /  Chilien, né en 1979

EXPOSITION "LE SILLAGE", SAINT-MALO, 2019

"JE M'INTÉRESSE À LA MER D'UNE MANIÈRE LITTÉRAIRE" - INTERVIEW PAR MARIA BITAR

Pourriez-vous nous parler de votre parcours artistique ?

J’ai passé la plupart de mon temps à voyager pour des tournois d’échecs depuis l’âge de 11 ans et pendant mes séjours à l’hôtel, ma passion était le dessin. Les dessins symbolistes ont retenu mon attention. Je dessine et peins sans arrêt depuis l’enfance par nécessité naturelle, puis j’ai commencé à étudier les encyclopédies, l’histoire de l’art et à lire des biographies de peintres. Depuis, je n’ai pas arrêté de travailler, je dirais que j’ai passé beaucoup de temps à étudier et à expérimenter. 

Quel est, pour vous, le rapport entre la mer et la peinture ?

Je dirais que les deux m’obsèdent et que la peinture est un besoin physiologique pour moi, je ne peux pas m’arrêter. Quand je peins, j’aime produire des gestes intuitifs et ressentir le vertige d’un moment irremplaçable. Malgré le fait que la figuration ait un ordre, les gestes qui la composent sont expressifs, mais la quantité de détails donne une certaine intensité.

Je m’intéresse à ce processus, au paradoxe, à la liberté du premier geste et ensuite en finir avec cette absence de peur. Là où tout ce combat que je porterai à jamais récite les peurs, les limites, l’intuition, les décisions… Je m’intéresse à la mer d’une manière littéraire dans la peinture, chaque tableau évoque quelque chose de différent. La peinture comme langage subtil et poétique, où la force de la nature se mêle à ma propre nature. La limite de sa réinterprétation attire mon attention comme un jeu d’échecs : toujours les mêmes éléments mais une infinité de possibilités. Cette idée est l’axe central de mon travail aujourd’hui, au-delà d’être né dans une famille de marins. Sans doute cet élément, la mer, est inconsciemment à la base de mon expression.

Que cherchez-vous à transmettre à travers votre œuvre ?

Je ne dirais pas que je cherche à trouver un message ou un discours, puisque j’y suis venu naturellement. L’œuvre me transmet sa complexité, elle me fait penser et ressentir son hostilité, enragée, chaotique et en même temps, belle. Quand je regarde la peinture, les détails picturaux de manque de contrôle produisent un sentiment introspectif. Cela me relie aux éléments fondamentaux et primitifs de la condition humaine, une unité d’une terrible universalité.

Quel est le processus derrière votre création artistique ? 

Il y a beaucoup d’étapes, différentes nuances, différentes vibrations, peinture sur peinture, un mélange de couches légères et texturées. Je m’intéresse à bien connaître les matériaux et j’aborde cet élément comme symbole, à la recherche de la force avec différentes techniques. C’est un travail conçu comme une musique ou une écriture, je suis guidé par l’intuition lors de la création d’un nouveau tableau, c’est comme chercher un nouveau mot pour compléter une phrase. 

Quels sont les défis auxquels vous êtes confronté au moment de peindre ? 

Que chaque œuvre ait un sens et quelque chose d’intéressant, qu’elle soit picturale avec des coups de pinceau et des gestes forts, qu’elle trouve un ordre dans ce chaos, et vice versa…

Bien que vos œuvres soient monographiques, vous utilisez différentes techniques, telles que le crayon sur papier, la poudre de marbre, l’encre et l’huile sur toile. En préférez-vous une en particulier ?

C’est difficile de choisir, je les aime toutes car malgré ce que l’on peut penser, chacune a ce vertige de ne pas être créée avec une position de maîtrise technique, sinon comme un croisement sur une corde au milieu d’un abîme. Les dessins sont des lignes incontrôlées de près, mais tout est à sa place à distance. Qu’il soit avec la matière des bas-reliefs que je fais avec mes doigts ou avec de la peinture, un tout intense et étendu est créé. 

PARCOURS

Né en 1979 au Chili, sur l’île de Chiloé, dans une famille de marins-pêcheurs, Franco Salas Borquez en gardera un certain rapport à la mer, à la fois nourricière et dangereuse. La mer sombre et déchaînée, celle qui impose le respect.

Enfant, c’est comme joueur d’échecs qu’il se distingue, jusqu’à devenir champion national à 13 ans. La discipline est quasiment considérée comme un sport au Chili. Son talent de joueur le fait représenter son pays dans de nombreux tournois. « Je m’entraînais quatre heures par jour. »

Mais le jeune homme est aussi passionné « absolu » de dessin. Si bien qu’il décide de se lancer dans une carrière d’artiste. Pas si facile, mais il ne rechigne pas à aller faire des portraits dans les centres commerciaux pour gagner sa vie. C’est en France, où il débarque d’abord comme assistant de langues, que sa carrière décolle. Ses premiers tableaux de mer le font rapidement repérer. Il les travaille avec une sorte d'archive mémorielle d'images océaniques, qui lui confère la liberté de composer ses créations de manière spontanée. En 2014, l’une d’elles est présentée au Musée national de la marine à Paris.

COLLECTIONS PUBLIQUES

Musée Naval de Madrid

Musée Naval de Punta Arenas. Salle Cap-Horn

Musée de la Citadelle de Saint Tropez

RÉCOMPENSES

Prix de L'institut d'Histoire et Culture Maritime d'Espagne. Musée Naval de Madrid, 2010

Lettre de félicitations, Ministre de la Défense "42 Salon de la Marine". Musée de la Marine de Paris, Palais Chaillot, 2011

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